Quand la beauté de la technologie et la force du message ouvrent la voie à une série d’articles d’analyse des exposants du Showroom technologique mutualisé du Playground Paris-Saclay. Des technologies au fil de l’histoire présente les innovations du Showroom dans une vision historique. Le retour aux grands noms, les notions clés et les étapes du développement scientifique y serviront à contextualiser ces innovations récentes, à les réinscrire dans un continuum d’idées révélant encore plus leur beauté et leur complexité. Cette approche saura souligner le lien entre la profondeur des sciences fondamentales nécessitant souvent des décennies de recherche académique et le pouvoir des sciences appliquées de répondre aux défis contemporains via une alliance avec le monde industriel.

Le point de vue historique de Natalia

Associer le milieu scientifique aux effets de la mode ne se fait pas communément, or ce premier n’est pas exempt d’influence propre à son temps. Le nôtre, entre un grand enthousiasme et une aussi grande méfiance, voit l’émergence de l’association entre l’IA et la médecine. Opinion publique partagée, cadre juridique hésitant, cela n’est pas sans rappeler les contradictions et tendances des siècles passés. En effet, l’histoire de la médecine en Occident, à ses débuts médiévaux, est tiraillée entre continuités et ruptures : l’héritage grec, le savoir monastique chrétien, les connaissances importées des mondes musulmans, le tabou brisé de la dissection du corps humain à la Renaissance… Cette discipline sait passionner, mais son exercice, pour les praticiens et scientifiques, s’est révélé périlleux à maintes reprises.

De quelles embûches peut être semé ce chemin à notre époque ? Quels nouveaux défis pour une science qui a augmenté de 20 ans l’espérance de vie en Europe pour les générations d’après-guerre ?

De l’approche tendance au changement de paradigme

Au fil du temps, les connaissances s’accumulent, mais leur lecture et leur application reflètent tout dont s’anime l’époque. Au XIX siècle, sous l’égide du poète et naturaliste Goethe, les intellectuels se passionnent pour la morphologie ou l’étude de la forme extérieure. Cet engouement pour l’analyse des apparences génère de nouvelles approches hautement productives. La morphologie des plantes, la morphologie linguistique et même la morphologie culturelle se développent et offrent aux scientifiques un cadre intellectuel qui dure. Encore au XX siècle, il reste dominant dans certaines approches, mais un paradigme qui jadis était fructueux, peut s’épuiser, telle une mine d’or, et devenir un obstacle pour les chercheurs visionnaires du demain.

Ainsi en neurosciences, en 1861, le médecin et anthropologue français Paul Broca découvre une zone du cortex cérébral qu’il estime responsable du traitement de langage et plus exactement de la production de parole. Baptisée en son nom, l’aire de Broca était longtemps vue, avec l’aire de Wernicke, décrite une décennie plus tard, comme un de deux centres du cerveau humain critiques pour générer et comprendre la parole…avant que, 155 ans plus tard, en France, Hugues Duffau, un médecin iconoclaste en oncologie chirurgicale, n’écrive son fameux essai « l’erreur de Broca » .

A travers ses opérations sur les patients en état d’éveil, professeur Duffau parvient de convaincre que les fonctions du cerveau ne sont pas organisées en zones spécialisées, mais agissent en réseau. Pour compenser une perte partielle de ses fonctionnalités à la suite des lésions cérébrales, qu’elles soient dues à un accident ou à une maladie, le cerveau sait se restructurer. Ce phénomène de réparation cérébrale s’adosse au mécanisme qui a reçu le nom de neuroplasticité ou encore de plasticité cérébrale.

Grâce à un examen élaboré avec des orthophonistes, professeur Duffau arrive à préserver les compétences linguistiques de ses patients atteints de tumeur de cerveau là, où la chirurgie classique leur aurait à jamais enlevé l’usage de la parole sensée. Dans son livre au style autobiographique, il cite des exemples de patients et de patientes qui ont fait confiance à sa méthode. Une méthode précise au point qu’elle permet à une cantatrice atteinte de tumeur de choisir deux langues parmi les cinq qu’elle maîtrise. Et Duffau réussit le pari et parvient à lui en conserver l’usage*!

*DUFFAU, Hugues, L’erreur de Broca. Exploration d’un cerveau éveillé, Michel Lafont, 2016 

Un génie par pays ou la médecine de pointe pour tous ?

Ces succès incroyables permettent progressivement d’atténuer les réticences plus qu’importantes de la communauté de ses paires. Triplement Docteur Honoris Cause, reconnu par l’Association américaine de la chirurgie neurologique, Hugues Duffau est un génie . Or tous les patients ne pourront pas profiter de sa science qu’il pratique au CHU de Montpellier : un constat évident qui fait automatiquement ressurgir la question de l’accès aux soins, très inégal géographiquement et sociologiquement parlant. La cause la plus connue reste la pénurie de médecins généralistes exerçant en zone rurale , mais en médecine spécialisée, la pointe est encore moins à la portée de tous. Les réalités derrière défient par leur caractère complexe et polémique. Ne citons que, pour la problématique encore actuelle de Covid-19, la tribune d’un virologue français de renom, Bruno Canard, et le débat autour du sous-équipement français en cryo-microscopes nécessaires pour la potentielle création du vaccin. Néanmoins, dans ce paysage qui n’est pas sans ombre, se dessinent les solutions et les alternatives visant à élargir l’accès aux soins et améliorer la prise en charge .

De nombreuses start-up medtech s’engagent pour pallier les problèmes quelquefois structurels des hôpitaux. Des cabines médicales pour se soigner répondent aux besoins des patients résidant dans les déserts médicaux, des organes artificiels résolvent la question éthique voire religieuse de la greffe, ainsi que la pénurie et les conditions de conservation des organes… D’autres, comme la start-up TheraPanacea, issue de l’écosystème Paris-Saclay, permettent de concentrer tout le savoir-faire des générations de médecins talentueux dans des suites logicielles.

L’histoire de cette dernière permet de revenir à la question de la mode, car il s’agit de la medtech épousant l’IA. Les solutions numériques, ayant globalement le vent en poupe, peuvent néanmoins se voir confronter à la méfiance des usagers, ainsi qu’aux obstacles juridiques ou éthiques. Dans son livre « Les robots émotionnels », Laurence Devillers, chercheuse CNRS en informatique appliquées aux sciences sociales, explore en profondeur les questions liées aux technologies basées sur l’IA.

Elle souligne que les deux extrêmes sont erronées : ni la vision des dangers de l’informatique version Black Mirror, ni la croyance naïve en progrès technique qui saurait répondre à tous les défis contemporains, ne sont viables : « Nous marchons ici sur la ligne de crête : laisser les algorithmes sans contrôle reproduirait et amplifierait les inégalités, mais ne pas profiter des derniers apports de l’IA dans des domaines tels que la santé, en raison des fantasmes et des peurs qu’elle suscite, serait également non éthique*».

*DEVILLERS, Laurence, Les robots « émotionnels », L’Observatoire, p.51

L’utilisation responsable de l’IA appliquée à la médecine sauve des vies. Vous pouvez désormais réservez votre visite dans le Showroom technologique du Playground pour voir comment concrètement, TheraPanacea, l’une des start-up exposantes, diminue par vingt le temps de la préparation au traitement dans les services de cancérologie, permettant de maximiser les chances des patients dans leur course contre la montre. Notre visite guidée vous permettra de vous plonger au cœur de cette thématique engagée et passionnante.

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