Issu des travaux de l’Institut Lavoisier de Versailles (CNRS / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), le projet EVAC développe un adjuvant vaccinal innovant capable de renforcer la réponse immunitaire tout en étant entièrement résorbé par l’organisme. Accompagné et financé en maturation par la SATT Paris-Saclay, ce projet vise aujourd’hui un transfert vers l’industrie pharmaceutique pour une application à grande échelle.

► Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est l’adjuvant vaccinal résorbable EVAC et à quel besoin concret il répond ?

Clémence SICARD : EVAC s’adresse aux vaccins. Il faut d’abord rappeler que certains vaccins, dits “inactivés” ou “tués”, qui sont aujourd’hui majoritaires, nécessitent un adjuvant pour être pleinement efficaces. Cet adjuvant permet de stimuler le système immunitaire et de garantir une réponse durable.

Aujourd’hui, l’adjuvant de référence est un sel d’aluminium. Il est très efficace et largement utilisé, mais il a aussi fait l’objet de critiques, notamment parce qu’il reste au site d’injection. Même si cela ne pose pas de problème avéré sur le plan médical, cette persistance a pu alimenter une forme de défiance vis-à-vis des vaccins.

L’idée initiale du projet EVAC était donc de proposer un nouvel adjuvant, capable de stimuler la réponse immunitaire tout en étant résorbé par l’organisme, afin de répondre à ces inquiétudes.

Le projet est né d’un croisement de compétences. Je travaillais sur des matériaux appelés MOFs (Metal-Organic Frameworks), sans lien direct avec les vaccins. C’est en échangeant avec Jacques Cohen, immunologiste et médecin, que j’ai découvert l’intérêt de l’aluminium dans ce domaine. Cette discussion a été déterminante dans l’orientation du projet.

Les premiers résultats ont montré que cet adjuvant ne se contentait pas d’être résorbable : il induit également une réponse immunitaire plus forte que l’adjuvant de référence.

► Comment fonctionne la technologie EVAC et qu’est-ce qui permet à l’adjuvant de se dégrader complètement dans le corps ?

C.S : La technologie repose à la fois sur la nature du matériau et sur la manière dont il interagit avec les composants du vaccin.

D’un point de vue chimique, les liaisons utilisées dans EVAC sont différentes de celles des adjuvants aluminiques classiques. Cette différence permet au matériau de se dégrader progressivement dans l’organisme, jusqu’à disparaître complètement. Par ailleurs, EVAC modifie la façon dont l’antigène est associé à l’adjuvant. Dans les formulations classiques, l’antigène est fixé à la surface. Ici, il est encapsulé à l’intérieur du matériau.

Cette encapsulation joue un rôle important : elle protège l’antigène, souvent fragile, et semble contribuer à améliorer la réponse immunitaire.

Ainsi, la combinaison de ces deux aspects, structure chimique et encapsulation, permet à la fois d’assurer l’efficacité du vaccin et la résorption complète de l’adjuvant.