Ce projet a été supervisé par Harry Sokol (PU-PH, Hôpital Saint-Antoine, Sorbonne Université AP-HP) et Philippe Langella (DR INRAE, Institut Micalis) et les travaux ont été principalement menés à l’INRAE, en collaboration avec l’hôpital Saint-Antoine et plusieurs équipes expertes du microbiote intestinal. Le projet SUCCESS explore une approche innovante pour traiter les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Soutenu et financé par la SATT Paris-Saclay, il vise à développer un « live biotherapeutic » – une bactérie bénéfique vivante capable d’agir directement sur l’inflammation en rééquilibrant le microbiote.

► Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est le projet SUCCESS et à quel besoin médical il répond ?

Philippe LANGELLA & Giovanna ORIANE : Le point de départ est assez simple : les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique, sont des pathologies dans lesquelles on observe une inflammation persistante du tube digestif.
Aujourd’hui, les traitements existants ciblent principalement le système immunitaire pour réduire cette inflammation. Ils peuvent être efficaces mais ils ne s’attaquent pas directement à une autre caractéristique importante de ces maladies : le déséquilibre du microbiote intestinal qu’on appelle une dysbiose. Or, chez ces patients, on observe une diminution de certaines bactéries bénéfiques et, à l’inverse, une augmentation de bactéries pro-inflammatoires. Au-delà de la composition du microbiote, les travaux de l’équipe ont montré que ce sont les fonctions du microbiote qui sont altérées dans les MICI. Une de ses fonctions clés est de produire des molécules activant le récepteur AhR (pour Aryl hydrocarbon Receptor) sur différentes cellules de l’hôte. Cette activité est cruciale pour le maintien de l’homéostasie intestinale et elle est particulièrement altérée chez les patients avec MICI.
L’idée du projet SUCCESS est donc de partir de ce constat et d’utiliser une bactérie naturellement présente chez des individus en bonne santé et capable d’activer AhR pour restaurer cette fonction chez les patients. On parle ici de « live biotherapeutic », c’est-à-dire une bactérie vivante utilisée comme possible solution thérapeutique.

L’objectif n’est pas de remplacer les traitements existants, mais de proposer une approche complémentaire, capable d’agir directement au niveau du microbiote et de l’inflammation intestinale.

► Comment la souche identifiée agit-elle pour réduire l’inflammation ?

P.L & G.O : La souche a été identifiée après un criblage de nombreuses souches issues de l’intestin humain. Cette bactérie, de l’espèce Coprococcus comes, a été isolée à partir des selles d’un sujet sain et produit des molécules capables d’activer AhR et donc d’activer des mécanismes naturels de régulation de l’inflammation dans l’intestin et l’ensemble de l’organisme.
Plus précisément, elles stimulent la production de molécules anti-inflammatoires par le corps, notamment une cytokine appelée IL-22. Pour simplifier, ce sont des signaux biologiques qui aident à calmer l’inflammation et à protéger les tissus.

L’intérêt de cette approche, c’est que l’action se fait directement dans l’intestin, au plus près du problème. La bactérie agit localement, en produisant ces composés qui vont contribuer à rééquilibrer les réponses inflammatoires.
Ce mécanisme a d’abord été observé en laboratoire, sur des cellules intestinales humaines, puis confirmé dans des modèles animaux.