Développé au sein du Laboratoire d’Infection et Inflammation Chronique (INSERM / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), en collaboration avec l’AP-HP et l’Hôpital Raymond-Poincaré, le projet T3D propose d’adapter les canules de trachéotomie à la morphologie réelle des patients grâce à la modélisation et à la simulation biomécanique. Lauréat des Trophées APinnov 2019 et soutenu par la SATT Paris-Saclay, il vise aujourd’hui un transfert industriel.

► Pouvez-vous nous expliquer comment est née l’idée du projet TD3 et quel problème concret vous avez souhaité résoudre chez les patients trachéotomisés ?

Jean Bergounioux : Je travaille au service de neurologie et de réanimation pédiatrique de Raymond-Poincaré, où l’on prend en charge beaucoup d’enfants très lourdement handicapés avec des atteintes respiratoires. On suit plus de 150 enfants trachéotomisés, donc on a une vraie expertise, probablement la plus grosse cohorte en France et en Europe.
En 2014, l’année où je suis arrivé, on a malheureusement eu deux enfants qui sont décédés de complications liées à leur trachéotomie. Dans les deux cas, la canule n’était pas adaptée. Cela a créé une gêne, des complications, et ça a fini par être dramatique.
Je me suis dit que ce n’était pas possible.
On peut acheter des imprimantes 3D dans le commerce pour faire des objets du quotidien, donc on doit pouvoir faire des canules adaptées.

Le projet a démarré à Garches avec deux personnes clés :
Robert Carlier, chef du service de radiologie, qui m’a proposé de faire des modélisations, et Antoine Perrier, podologue et ingénieur Arts & Métiers, qui a travaillé sur la modélisation.
On a obtenu un premier financement d’environ 50 000 € de l’AP-HP.
Quand on commence, c’est énorme : ça permet de passer de rien à un premier prototype. On a ensuite déposé un premier brevet avec l’AP-HP, ce qui nous a permis d’aller voir la SATT Paris-Saclay.

► Pouvez-vous nous expliquer simplement comment fonctionne la solution T3D, depuis l’imagerie médicale jusqu’au choix ou à la fabrication d’une canule adaptée ?

J.B : Aujourd’hui, les canules commercialisées sont standardisées : quelques tailles, quelques longueurs, quelques angles. Comme la trachée varie énormément d’un patient à l’autre, elles sont souvent mal adaptées.
L’idée, est de partir de l’imagerie médicale pour reconstruire la trachée en 3D. Ensuite, on utilise des modèles mécaniques pour simuler le comportement de la canule dans cette trachée.
On peut prédire si elle va appuyer au mauvais endroit, blesser, mal ventiler.
À partir de là, soit on choisit la canule standard la plus adaptée, soit on en conçoit une sur mesure, fabriquée notamment en impression 3D.
On passe d’un choix empirique – souvent fait « au doigt mouillé » – à une décision objectivée.