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Le projet CYCLOPE réunit des chercheurs de l’ICSN (Institut de Chimie des Substances Naturelles), du CNRS, de l’Université Paris-Saclay, de l’Université de la Réunion et de l’INSERM. Il vise à développer une molécule antivirale capable de cibler plusieurs virus à ARN+, responsables de maladies émergentes comme la dengue, le chikungunya, le Zika ou le SARS-CoV-2. Rencontre avec Chaker El Kalmouni et Sandy, Desrat chercheurs impliqués dans ce projet.
► Comment et pourquoi est né le projet CYCLOPE ?
Chaker El Kalamouni : Nous travaillons à l’unité PIMIT, à Saint-Denis, La Réunion, qui étudie depuis 2015 les maladies infectieuses émergentes, et plus particulièrement les zoonoses, ces virus qui passent de l’animal à l’homme. Notre but est de comprendre comment ces virus nous rendent malades et pourquoi certains virus circulent sans provoquer d’épidémie, tandis que d’autres émergent soudainement. Dans une démarche de découverte de nouvelles entités antivirales, nous avons initié en 2019 une collaboration avec l’ICSN, portant sur le criblage de 800 extraits de plantes contre le virus Zika. Ce travail a permis d’identifier un espace chimique présentant des propriétés antivirales prometteuses. En s’appuyant sur l’expertise conjointe des équipes en virologie et en chimie, un programme de chimie médicinale a été développé, incluant la conception, la synthèse et l’évaluation d’analogues structuraux afin d’optimiser l’activité antivirale et les propriétés pharmacologiques dans le cadre du projet CYCLOPE.
Grâce au soutien de la SATT Paris-Saclay, nous avons pu financer la phase de maturation, confirmer l’activité de la molécule et passer aux étapes suivantes du projet CYCLOPE.
► Pourquoi les virus émergents à ARN+ représentent-ils une menace croissante, notamment avec le changement climatique ?
C.EK : Ces virus représentent 75 % des maladies infectieuses. Ils évoluent très rapidement et quelques mutations suffisent à leur permettre d’émerger. Certaines mutations du virus Zika ont transformé une souche initialement peu dangereuse en une variante capable de provoquer des épidémies et des complications graves comme la microcéphalie.
Le chikungunya à La Réunion a suivi un parcours similaire : en 2005, il semblait incapable d’être transmis par les moustiques, mais une petite mutation a suffi pour qu’un tiers de la population réunionnaise soit infecté en 2006. Le réchauffement climatique favorise également la propagation des moustiques vecteurs, comme le moustique tigre, présent dans la plupart des départements français. Un autre problème est que de nombreuses infections sont asymptomatiques ou pauci-symptomatiques. Or, les antiviraux sont généralement plus efficaces lorsqu’ils sont administrés très tôt après l’infection. En l’absence de symptômes précoces, il est difficile d’identifier rapidement les personnes à traiter. Développer des molécules pouvant être utilisées en prophylaxie, notamment chez les personnes exposées dans un contexte épidémique, devient donc une stratégie particulièrement pertinente.
Sandy Desrat : Nous avons aussi travaillé sur le mode d’administration. Une administration par voie orale permettrait de toucher un public plus large, même hors hôpital. Et, comme l’a rappelé Chaker, la propagation du moustique tigre et l’augmentation des cas de dengue en France montrent que le risque épidémique est réel et croissant.


